Le stalking, que l'on peut traduire par traque, harcèlement obsessionnel ou surveillance répétée, n'est pas un phénomène nouveau. Internet et les smartphones lui ont cependant donné de nouveaux outils.

Aujourd'hui, une personne mal intentionnée peut utiliser les technologies numériques pour surveiller, suivre, contacter ou contrôler une victime. Le stalker n'est d'ailleurs pas nécessairement un mystérieux pirate informatique opérant à l'autre bout du monde. Il peut être un conjoint, un ex-conjoint, un proche, un collègue ou une personne de l'entourage qui dispose ou a disposé d'un accès au téléphone, à l'ordinateur ou aux comptes de la victime. La technologie peut alors devenir un formidable outil de surveillance.

Stalker, hacker, cyberharceleur : ne pas tout confondre

Ces trois termes sont souvent utilisés indistinctement alors qu'ils désignent des réalités différentes.

Le stalker

Le stalker est la personne qui exerce une surveillance ou une traque répétée sur sa victime. Il n'a pas forcément besoin de compétences informatiques particulières.

Le hacker

Le hacker est une personne qui possède des compétences techniques lui permettant notamment d'analyser, de modifier ou de contourner les mécanismes informatiques. Un hacker peut être un professionnel de la sécurité comme un cybercriminel.

Le cyberharceleur

Le cyberharceleur utilise les outils numériques pour harceler une personne : messages répétés, menaces, insultes, diffusion d'informations ou de contenus, création de faux comptes, etc. Une même personne peut évidemment cumuler ces différents comportements.

Le smartphone : un véritable concentré d'informations

Le smartphone contient aujourd'hui une quantité considérable d'informations personnelles.

On peut notamment y trouver :

  • conversations
  • SMS
  • mails
  • photographies
  • vidéos
  • contacts
  • historique de navigation
  • localisation
  • réseaux sociaux
  • calendrier
  • documents
  • comptes bancaires
  • applications
  • mots de passe ou éléments permettant d'accéder à certains comptes.

Le smartphone est également connecté à de nombreux services en ligne. Compromettre un téléphone ou un compte peut donc donner accès à une quantité considérable d'informations sur la vie privée d'une personne. Mais « tout savoir » serait une exagération : l'accès dépend des comptes, des applications, des permissions et des protections mises en place.

Le stalkerware : espionner un smartphone

Certaines applications et certains logiciels sont spécialement conçus ou détournés pour surveiller secrètement l'activité d'une autre personne. On parle notamment de stalkerware.

Ces outils peuvent, selon leurs capacités et les permissions obtenues, permettre de surveiller :

  • les appels
  • les messages
  • les photographies
  • l'activité Internet
  • la localisation
  • certaines applications ;
  • voire le microphone ou l'appareil photo

Le Safety Net Project décrit ainsi le stalkerware comme des applications, logiciels ou dispositifs permettant à une personne de surveiller secrètement l'activité d'une autre personne sur son téléphone.

Le terme spouseware est également rencontré, notamment lorsque ces outils sont utilisés dans le cadre d'une relation de couple. Mais stalkerware est aujourd'hui le terme le plus pertinent et le plus largement utilisé dans les ressources spécialisées.

Le stalkerware ne nécessite pas forcément un « piratage »

C'est un point essentiel. On imagine souvent qu'un stalker doit être capable de pirater à distance un smartphone. Dans la réalité, certains outils de surveillance nécessitent simplement que l'auteur ait eu accès physiquement au téléphone. Par exemple, une personne qui connaît le code de déverrouillage de son conjoint peut profiter de cet accès pour installer ou configurer un outil de surveillance. Le Safety Net Project indique que la plupart des stalkerwares destinés aux téléphones nécessitent un accès physique préalable à l'appareil pour être installés. C'est pourquoi une personne peut avoir un comportement techniquement très limité tout en étant capable d'exercer une surveillance numérique importante.

« Il sait des choses qu'il ne devrait pas savoir »

C'est parfois l'un des premiers signes qui alertent une victime.

Par exemple :

« Comment sait-il où je suis allé ? »
« Comment peut-il connaître cette conversation ? »
« Comment sait-il que j'ai reçu ce message ? »
« Pourquoi connaît-il le contenu de mes recherches ? »
« Comment sait-il avec qui j'ai téléphoné ? »

Mais ces situations ne signifient pas automatiquement que le téléphone est espionné.

Il faut également envisager d'autres possibilités :

  • compte compromis
  • mot de passe connu
  • session restée ouverte sur un ordinateur
  • compte Apple ou Google partagé
  • partage de localisation activé
  • compte familial
  • synchronisation entre appareils
  • accès à une messagerie
  • appareil connecté au même compte
  • objet connecté
  • informations publiées sur les réseaux sociaux
Compte compromis ou appareil compromis ?

Cette distinction est particulièrement importante.

🔑 Le compte est compromis

L'auteur a obtenu l'accès à un compte :

  • Gmail
  • Apple
  • Facebook
  • Instagram
  • Microsoft
  • messagerie
  • compte bancaire, etc.

Dans ce cas, changer le mot de passe, révoquer les sessions inconnues et activer l'authentification multifacteur (MFA) sont des mesures essentielles.

Il faut également vérifier les appareils connectés et les moyens de récupération du compte.

📱 L'appareil est compromis

Le problème se situe cette fois sur le smartphone, la tablette ou l'ordinateur lui-même.

Un logiciel espion ou une autre forme de compromission peut permettre une surveillance locale.

Dans ce cas :

Changer uniquement le mot de passe d'un compte peut ne pas suffire.
Attention au mot de passe

Un mot de passe ne doit pas être facilement devinable.

Il faut éviter notamment :

  • date de naissance
  • prénom des enfants
  • nom du conjoint
  • nom d'un animal
  • date de mariage
  • adresse
  • informations publiées sur les réseaux sociaux

L'idéal est d'utiliser un mot de passe long, unique pour chaque service, associé lorsque c'est possible à une authentification multifacteur (double authentification).

Et si le téléphone est réellement espionné ?

C'est là que les choses deviennent plus délicates. Une personne qui pense être surveillée ne devrait pas forcément se précipiter pour supprimer l'application suspecte ou réinitialiser son téléphone.

Pourquoi ?

Parce que l'auteur peut être alerté par la disparition du logiciel ou la modification des paramètres. Cela peut également détruire des éléments susceptibles de constituer des preuves. Les organismes spécialisés dans l'accompagnement des victimes recommandent donc d'adopter une démarche de sécurité avant tout et, lorsqu'il existe un risque de violence ou de représailles, d'utiliser si possible un autre appareil que celui susceptible d'être surveillé pour rechercher de l'aide ou effectuer des démarches.

Conserver les preuves

Dans une situation de stalking, les éléments numériques peuvent être importants :

  • captures d'écran
  • messages
  • mails
  • historique des appels
  • notifications
  • connexions inhabituelles
  • informations concernant les comptes
  • dates et heures des événements

Il est préférable de conserver les preuves avant de supprimer ou modifier les éléments suspects. La CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés) recommande également, en matière de cyberharcèlement, de conserver les preuves, notamment les captures d'écran comportant la date, l'heure et l'auteur des contenus.

Le stalking peut dépasser le monde numérique

Il ne faut surtout pas réduire le stalking à un problème informatique. Les technologies peuvent être utilisées pour :

  • surveiller les déplacements
  • contrôler les communications
  • suivre la localisation
  • connaître les fréquentations
  • harceler par téléphone
  • surveiller les réseaux sociaux
  • contrôler certains objets connectés

Mais le stalking peut également être physique :

  • suivre une personne
  • attendre devant son domicile
  • apparaître régulièrement sur son lieu de travail
  • contacter son entourage
  • surveiller ses habitudes

Le numérique devient alors un outil supplémentaire au service d'un comportement de harcèlement plus global.

Les objets connectés peuvent également être concernés

Le problème ne se limite plus au smartphone. Les objets connectés peuvent eux aussi être détournés à des fins de surveillance :

  • caméras
  • systèmes d'alarme
  • montres connectées
  • traceurs
  • enceintes connectées
  • systèmes domotiques
  • véhicules connectés

Les organismes spécialisés dans la sécurité des victimes soulignent d'ailleurs que les objets connectés peuvent être détournés pour surveiller, harceler ou contrôler une personne.

Que faire en cas de suspicion ?

Il faut éviter de conclure trop rapidement :

« Mon téléphone est forcément piraté. »

Il est préférable de procéder méthodiquement.

1. Se mettre en sécurité

Si la situation présente un risque physique ou de violence, la sécurité de la personne passe avant le diagnostic informatique.

2. Utiliser un appareil sûr

Si l'on soupçonne une surveillance du téléphone, utiliser si possible un autre appareil non contrôlé par la personne suspectée pour rechercher de l'aide ou modifier les comptes importants.

3. Vérifier les comptes

Contrôler :

  • mots de passe
  • appareils connectés
  • sessions ouvertes
  • méthodes de récupération ;
  • partage de localisation
  • authentification multifacteur (double authentification)

4. Conserver les preuves

Ne pas supprimer précipitamment les éléments pouvant être utiles.

5. Se faire accompagner

En France, une situation de cyberharcèlement peut être signalée et faire l'objet d'un dépôt de plainte. La CNIL rappelle que les victimes peuvent notamment conserver les preuves, signaler les contenus aux plateformes et, si nécessaire, porter plainte auprès de la police, de la gendarmerie ou du procureur.

Le stalking à l'ère des smartphones

Le smartphone a profondément changé la nature du stalking. Autrefois, suivre quelqu'un nécessitait souvent une présence physique. Aujourd'hui, une personne peut potentiellement surveiller une partie de la vie numérique d'une victime à distance et en continu. Mais il faut également éviter une vision trop technologique du problème :

Le stalker n'est pas nécessairement un hacker.

Dans de nombreux cas, l'accès initial peut être beaucoup plus simple : un code connu, un compte partagé, un téléphone laissé sans surveillance ou une autorisation donnée par confiance.

C'est précisément ce qui rend ces situations particulièrement difficiles à détecter.