Vous naviguez paisiblement sur Internet. Soudain, une page apparaît à l'écran.

Le ton est alarmiste, le vocabulaire est inquiétant et les injonctions se succèdent.

Votre ordinateur est infecté. Vos données sont en danger. N'éteignez surtout pas votre ordinateur. Appelez immédiatement ce numéro.

Ça flaire la fraude à plein nez. Mais encore faut-il savoir pourquoi. Ce type de page est un grand classique de l'arnaque au faux support technique. Elle ne détecte absolument rien sur votre ordinateur. Elle cherche simplement à vous faire peur afin de vous pousser à téléphoner à un prétendu service d'assistance.

Regardons cette fausse alerte d'un peu plus près.

1. Un ordinateur Apple… victime d'un virus Windows

L'œil attentif aura remarqué que la capture d'écran a été réalisée avec Safari sur un Mac. C'est déjà cocasse. Le message prétend pourtant signaler une infection correspondant explicitement à l'univers Windows. Voilà une première preuve que cette alerte n'a probablement rien détecté du tout. La page est simplement affichée dans un navigateur. Elle peut donc apparaître sur Windows, macOS, Linux, Android ou même iOS, indépendamment du système utilisé. C'est l'une des caractéristiques de ces arnaques : elles sont diffusées en masse, sans nécessairement connaître le matériel ou le système d'exploitation de la personne qui les reçoit. Le fraudeur ne sait pas si vous utilisez Windows ou macOS. Et surtout, il n'en a pas besoin. Il lui suffit que vous croyiez ce qu'affiche la page.

2. Une adresse Internet qui ne ressemble pas à celle de Microsoft

Regardons ensuite l'adresse affichée dans la barre du navigateur. Elle n'a rien à voir avec un domaine officiel de Microsoft. Dans l'exemple original, l'adresse appartient à une plateforme gratuite de publication de blogs, sous la forme :

xxxx.blogspot.com

Cela devrait immédiatement mettre la puce à l'oreille. Une alerte de sécurité Windows qui apparaîtrait prétendument au nom de Microsoft n'aurait aucune raison d'être hébergée sur un blog personnel. Le nom affiché dans la page ne suffit pas. C'est le véritable nom de domaine dans la barre d'adresse qu'il faut examiner.

3. Le mystérieux numéro d'erreur #AP7MQ79

La page affiche un impressionnant :

Erreur #AP7MQ79

Cela donne une apparence très technique au message. Mais un code composé de chiffres et de lettres n'est pas automatiquement un véritable code d'erreur. Les escrocs savent très bien que l'ajout d'un numéro mystérieux donne immédiatement une apparence de sérieux à leur message. Dans ce cas précis, ce prétendu numéro d'erreur ne correspond à aucune procédure officielle identifiable. Et surtout, il faut se poser une question toute simple :

Pourquoi une page Internet pourrait-elle connaître le numéro d'erreur interne de mon ordinateur ?

La réponse est simple : elle ne le connaît pas. Elle affiche simplement un texte écrit par le fraudeur.

4. « Ne pas éteindre ou redémarrer votre ordinateur »

Voilà une injonction particulièrement révélatrice. La page vous ordonne de ne surtout pas éteindre ou redémarrer votre ordinateur.

Pourquoi ? Parce que le redémarrage ferait disparaître la page. Et avec elle, la prétendue infection.

C'est une caractéristique essentielle des faux messages de sécurité : le fraudeur essaie d'empêcher la victime de reprendre le contrôle de son appareil.

Que faire si la page semble bloquée ?

Dans la plupart des cas, il suffit de :

  1. fermer l'onglet ou la fenêtre du navigateur
  2. quitter le navigateur
  3. si nécessaire, forcer la fermeture du navigateur (Ctrl+Alt+Suppr, gestionnaire des tâches)
  4. redémarrer normalement l'ordinateur (appuyer pendant 60 secondes sur le bouton qui sert à démarrer l'ordinateur)

Si le navigateur est réellement bloqué et qu'aucune autre solution ne fonctionne, un arrêt forcé peut être utilisé en dernier recours en maintenant le bouton d'alimentation enfoncé 60 secondes.

Une simple pression sur le bouton d'alimentation peut, selon la configuration de l'ordinateur, mettre la machine en veille plutôt que l'éteindre. Dans ce cas, la page peut réapparaître à la sortie de veille.

Mais il n'y a aucune raison de laisser l'ordinateur allumé parce qu'une page Web vous l'ordonne.

Une page Web n'a pas autorité sur votre ordinateur.

5. « Votre ordinateur nous a signalé qu'il a été infecté »

Cette phrase est particulièrement savoureuse.

« Votre ordinateur nous a signalé qu'il a été infecté par un virus et un spyware. »

Mais qui est ce « nous » ? Et comment votre ordinateur aurait-il pu contacter cette mystérieuse organisation ? Une simple page Web ne dispose pas, par magie, d'une vision complète de l'état de sécurité de votre ordinateur. Elle peut parfois détecter certaines caractéristiques techniques très générales de votre navigateur ou de votre appareil, mais cela ne lui permet pas de conclure :

« Votre ordinateur est infecté par un virus et un spyware. »

Encore moins de fournir un numéro d'erreur prétendument officiel. Une véritable détection de malware provient normalement d'un outil de sécurité installé sur l'appareil ou d'un service de sécurité légitime, pas d'une page Web qui vient de surgir pendant votre navigation.

6. Mais qui est donc cette mystérieuse organisation ?

La page prétend qu'une entité extérieure veille sur votre ordinateur.

Très bien.

Mais :

  • Qui est-elle ?
  • Quel est son nom ?
  • Où est-elle située ?
  • Pourquoi intervient-elle ?
  • Quand avez-vous autorisé cette intervention ?
  • Quel logiciel avez-vous installé ?
  • Quel contrat avez-vous souscrit ?
  • Comment votre ordinateur est-il censé lui avoir signalé l'infection ?

Autant de questions auxquelles la page ne répond évidemment pas.

C'est un principe fondamental à retenir :

Lorsqu'une personne prétend vous assister, commencez par vérifier qui elle est.

7. Le numéro de téléphone : le véritable objectif

Et voilà le véritable piège. Au milieu de la page, un numéro de téléphone est mis particulièrement en évidence. C'est probablement l'élément le plus important de toute la page. Le virus annoncé n'est qu'un prétexte. L'objectif réel est de vous faire téléphoner.

Le numéro peut paraître rassurant :

  • numéro français
  • numéro en 09
  • numéro présenté comme gratuit
  • logo de Microsoft
  • couleurs et présentation professionnelles

Tout est conçu pour vous donner confiance.

Mais un numéro français n'est évidemment pas une preuve que l'interlocuteur travaille pour Microsoft.

Et un numéro commençant par 09 ne signifie pas nécessairement que l'appel est gratuit. Ce qui compte n'est pas l'apparence du numéro, mais l'identité réelle de la personne qui se trouve au bout du fil.

8. La peur comme arme

Tout est fait pour vous faire paniquer. Le message annonce :

  • une infection
  • un espionnage
  • un blocage de l'ordinateur
  • la perte possible des données
  • le vol des mots de passe
  • la compromission des cartes bancaires

Puis apparaît un compte à rebours. Il ne vous reste que quelques minutes.

C'est précisément le but recherché.

La panique est l'ennemie du raisonnement.

Une personne paniquée réfléchit moins bien. Elle cherche une solution immédiate. Et c'est exactement ce que veut l'escroc. Il ne vous laisse pas le temps de vérifier l'adresse du site, de consulter un proche, d'appeler votre informaticien ou simplement de fermer la page. Il veut que vous appeliez maintenant.

9. « Votre ordinateur sera désactivé dans 5 minutes »

Cette phrase mérite également d'être examinée. La page prétend que votre ordinateur sera désactivé dans cinq minutes pour protéger vos données. Mais quelques lignes plus haut, elle affirme déjà que :

« votre ordinateur a été bloqué »

Alors, bloqué ou bientôt désactivé ?

Cette contradiction est révélatrice.

Mais surtout, une page Web n'a pas le pouvoir de décider qu'un ordinateur sera « désactivé dans cinq minutes » simplement parce qu'elle l'affirme à l'écran.

C'est du théâtre.

10. Et si vous appelez ?

C'est à ce moment-là que commence véritablement l'arnaque. Au téléphone, vous aurez probablement affaire à une personne qui se présentera comme un technicien ou un conseiller en sécurité.

Elle pourra vous demander :

  • d'installer un logiciel de prise en main à distance
  • de lui communiquer certaines informations
  • de lui montrer votre écran
  • de lui laisser contrôler votre ordinateur
  • d'acheter un logiciel de sécurité
  • de payer une intervention

Le discours sera généralement très rassurant. L'interlocuteur prendra le temps de vous expliquer qu'il va « réparer » votre ordinateur. Mais le problème qu'il prétend résoudre n'existe pas. Vous risquez alors de payer plusieurs centaines d'euros pour faire « désinfecter » un ordinateur qui n'était pas infecté. Et le danger ne s'arrête pas forcément là. Si vous avez donné accès à votre ordinateur, le fraudeur peut tenter de récupérer des documents, des mots de passe ou d'autres informations personnelles.

Une page Web ne peut pas vous annoncer n'importe quoi

Cette arnaque repose sur une confusion très efficace :

elle fait passer une page Internet pour un logiciel de sécurité.

C'est pourtant très différent.

Une page Web peut afficher :

« Votre ordinateur est infecté ! »

comme elle pourrait afficher :

« Vous avez gagné 1 million d'euros ! »

Le simple fait que quelque chose soit écrit à l'écran ne le rend pas vrai.

Les indices qui doivent vous alerter

Face à ce type de message, prenez quelques secondes pour examiner la situation.

Que faire si cette page apparaît ?

Ne téléphonez pas au numéro indiqué.

Ne téléchargez rien.

Ne communiquez aucune information.

Ne donnez pas accès à votre ordinateur.

Fermez la page ou le navigateur.

Si nécessaire, redémarrez l'ordinateur.

Si vous avez téléchargé un programme ou autorisé quelqu'un à prendre le contrôle de votre machine, ne vous contentez pas de supprimer l'icône du logiciel : il faut vérifier la situation plus sérieusement, notamment les logiciels installés, les comptes utilisés et les mots de passe susceptibles d'avoir été exposés.


Le détail qui tue l'arnaque

Dans l'exemple présenté ici, le meilleur indice est peut-être aussi le plus amusant :

un Mac utilisant Safari est prétendument victime d'une infection Windows.

Cette simple observation suffit à démontrer que la page n'est pas en train d'effectuer une analyse antivirus sérieuse. Elle cherche seulement une chose :

vous faire peur pour vous faire téléphoner.

Et c'est là toute la subtilité du faux support technique.

Le virus est imaginaire. L'arnaque, elle, est bien réelle.