Internet est devenu un élément incontournable de la vie quotidienne des enfants et des adolescents. Smartphone, réseaux sociaux, jeux vidéo en ligne, messageries, vidéos, plateformes de streaming, applications mobiles et désormais outils d'intelligence artificielle : les jeunes disposent d'un accès à un univers numérique particulièrement riche. Mais cet univers comporte également des risques.

La question n'est donc plus de savoir s'il faut interdire Internet aux enfants, mais plutôt :

Comment leur apprendre à l'utiliser de manière autonome, responsable et sécurisée ?

La protection des enfants sur Internet repose sur trois piliers :

éducation + dialogue + outils techniques.

Aucun logiciel de contrôle parental ne remplacera l'accompagnement des parents.

Le 3018 : un interlocuteur pour les jeunes et leurs parents

L'association e-Enfance / 3018 s'est spécialisée dans la protection des mineurs face aux violences numériques. Le 3018 est aujourd'hui le numéro national d'écoute, d'accompagnement et de signalement destiné notamment aux jeunes victimes ou témoins de cyberharcèlement et d'autres violences numériques.

Il peut notamment être sollicité pour des situations de :

  • cyberharcèlement
  • menaces
  • violences numériques
  • usurpation d'identité
  • diffusion de contenus intimes
  • sextorsion
  • exposition à des contenus préjudiciables
  • problèmes liés aux réseaux sociaux.

L'association est également devenue un acteur important du signalement des contenus préjudiciables aux mineurs auprès des plateformes. Elle a été désignée « signaleur de confiance » par l'Arcom en 2024 dans le cadre du règlement européen sur les services numériques (DSA).

En 2025, l'association indique avoir reçu plus de 120 000 sollicitations et avoir sensibilisé plus de 280 000 personnes. Internet n'est pas un monde virtuel. Une idée doit être inculquée très tôt aux enfants :

Ce qui se passe sur Internet peut avoir des conséquences dans la vie réelle.

Une photo publiée, un commentaire, une vidéo, une conversation ou une information personnelle peuvent être copiés, enregistrés et repartagés.

Même lorsque le contenu est supprimé, il peut avoir été :

  • capturé par une capture d'écran
  • téléchargé
  • enregistré par un autre utilisateur
  • indexé
  • repartagé ailleurs

Il faut donc apprendre aux enfants à réfléchir avant de publier. La CNIL recommande notamment de limiter les informations personnelles publiées en ligne et de réfléchir avant de partager des contenus.

Quels sont les principaux risques ?

Les risques ont beaucoup évolué depuis les années 2000.

Le cyberharcèlement

Le cyberharcèlement peut prendre différentes formes :

  • insultes
  • moqueries répétées
  • menaces
  • rumeurs
  • exclusion d'un groupe
  • diffusion de photographies humiliantes
  • création de faux comptes
  • messages incessants
  • publication de contenus privés

La particularité du cyberharcèlement est que la victime peut être atteinte même lorsqu'elle est chez elle.

Le téléphone devient alors une porte d'entrée permanente vers le harcèlement.

Les contenus sexuels et l'exploitation des mineurs

Les enfants peuvent être confrontés à des contenus sexuels inadaptés à leur âge. Ils peuvent également être victimes de personnes cherchant à établir progressivement une relation de confiance dans le but d'obtenir des images, des informations personnelles ou une rencontre. On parle notamment de grooming. Les situations peuvent ensuite évoluer vers la menace ou la sextorsion, lorsque l'auteur menace de diffuser des images ou vidéos intimes afin d'obtenir de l'argent, d'autres contenus ou d'autres faveurs. C'est un domaine dans lequel il est particulièrement important de rappeler aux jeunes :

Ce n'est jamais la faute de la victime.

Les données personnelles

Un enfant peut avoir du mal à comprendre la valeur d'une donnée personnelle.

Pour lui, donner :

  • son prénom
  • son âge
  • son école
  • sa photographie
  • sa ville
  • son numéro de téléphone
  • sa localisation

peut sembler anodin.

Mais l'accumulation de ces informations permet de dresser un portrait très précis d'une personne. La CNIL rappelle que les enfants transmettent quotidiennement des informations personnelles lorsqu'ils utilisent les réseaux sociaux, jouent en ligne, regardent des vidéos ou utilisent des applications. Il faut donc leur apprendre une règle simple :

Avant de donner une information, demande-toi pourquoi elle est nécessaire et qui pourra la voir.

Le modèle économique d'Internet

L'enfant peut également avoir du mal à comprendre pourquoi une application ou un service est gratuit.

Il faut lui expliquer que :

« gratuit » ne signifie pas nécessairement « sans valeur ».

Certains services se financent notamment grâce à :

  • la publicité
  • la collecte de données
  • le ciblage publicitaire
  • les achats intégrés
  • les abonnements
  • les commissions

L'enfant doit progressivement comprendre que ses données, son attention et ses comportements peuvent avoir une valeur économique.

Les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux constituent un sujet particulièrement sensible. L'enfant ou l'adolescent peut y publier :

  • des photographies
  • des vidéos
  • des opinions
  • sa localisation
  • ses centres d'intérêt
  • des informations concernant ses amis
  • des informations concernant sa famille.

Ces publications participent à la construction de son identité numérique. Il est donc important d'apprendre à utiliser correctement les paramètres de confidentialité. La CNIL recommande notamment d'accompagner les jeunes dans le paramétrage de leurs comptes et de leur apprendre à maîtriser les informations qu'ils rendent publiques.

Et les photos de nos enfants ?

La question concerne également les parents. Publier régulièrement des photographies ou des vidéos de son enfant sur les réseaux sociaux, pratique parfois appelée sharenting, peut avoir des conséquences sur sa vie privée. La CNIL déconseille fortement de publier des photos ou vidéos d'enfants sur les réseaux sociaux, particulièrement lorsque le compte est public. Elle rappelle que les photographies et vidéos d'un enfant constituent des données personnelles et que le mineur dispose de droits sur celles-ci. Une bonne question à se poser avant de publier :

Mon enfant sera-t-il heureux de retrouver cette photo dans dix ans ?

Les mots de passe

L'éducation à la sécurité informatique doit commencer tôt. Un enfant doit progressivement apprendre à :

  • utiliser un mot de passe suffisamment robuste
  • ne pas communiquer son mot de passe à ses amis
  • ne pas utiliser le même mot de passe partout
  • utiliser l'authentification multifacteur (double authentification) lorsqu'elle est disponible
  • se méfier des messages demandant ses identifiants

Il faut également lui expliquer qu'un mot de passe ne doit pas être constitué d'informations facilement devinables : prénom, date de naissance, nom de l'animal, etc.

Le phishing touche également les jeunes

Les enfants et adolescents peuvent eux aussi être victimes de phishing. Un message peut leur annoncer :

« Tu as gagné un cadeau ! »

ou :

« Ton compte va être supprimé ! »

ou encore :

« Clique ici pour récupérer ta récompense. »

L'objectif est généralement de les pousser à :

  • cliquer sur un lien
  • fournir un mot de passe
  • communiquer une information personnelle
  • télécharger une application
  • effectuer un paiement

Il faut apprendre à l'enfant à ne pas cliquer immédiatement.

Jeux vidéo et achats intégrés

Les jeux vidéo en ligne occupent une place importante dans les usages numériques des jeunes. Ils présentent leurs propres risques :

  • contacts avec des inconnus
  • insultes
  • cyberharcèlement
  • achats intégrés
  • exposition à des contenus inappropriés
  • collecte de données
  • temps de jeu excessif.

Les parents doivent également comprendre les mécanismes économiques de certains jeux :

récompenses quotidiennes, achats intégrés, monnaies virtuelles, coffres ou objets virtuels peuvent encourager des dépenses répétées.

L'intelligence artificielle : un nouveau sujet de vigilance

Il faut désormais ajouter un chapitre qui n'existait évidemment pas dans ton article d'origine. Les enfants et adolescents utilisent de plus en plus des outils d'IA générative.

Ils peuvent notamment :

  • poser des questions
  • générer des images
  • créer des textes
  • produire des vidéos
  • modifier des photographies
  • créer des avatars.

Mais l'IA introduit également de nouveaux risques :

  • fausses informations
  • manipulation
  • contenus générés artificiellement
  • usurpation d'identité
  • faux contenus sexuels
  • deepfakes
  • partage de données personnelles avec un service d'IA.

Il faut donc ajouter une nouvelle règle :

Ne jamais considérer automatiquement comme vraie une information produite par une intelligence artificielle.

Et surtout :

Ne pas fournir à une IA des informations personnelles ou des photographies sans comprendre ce que le service va en faire.

La CNIL intègre désormais explicitement les enjeux liés à l'IA dans ses actions d'éducation numérique.

Contrôle parental : protéger sans espionner

Le contrôle parental est un outil utile. Il permet notamment de :

  • filtrer certains contenus
  • limiter certaines applications
  • contrôler les achats
  • définir des horaires
  • limiter le temps d'écran
  • adapter progressivement l'accès à Internet à l'âge de l'enfant

Mais le contrôle parental ne doit pas devenir un système de surveillance permanente. La CNIL recommande d'ailleurs des outils de contrôle parental respectueux de la vie privée et de l'intérêt de l'enfant et appelle à la vigilance face aux fonctionnalités trop intrusives.

Un enfant de 9 ans n'est pas un adolescent de 15 ans

Les règles doivent être adaptées à l'âge.

Pour un jeune enfant

Le parent peut être beaucoup plus présent :

  • choix des applications
  • accompagnement de la naigation
  • contrôle parental ;
  • comptes adaptés à l'âge
  • temps d'écran défini
  • explication des règles de sécurité

Pour un adolescent

L'objectif doit progressivement devenir :

l'autonomie et la responsabilisation.

Le contrôle doit donc évoluer avec l'enfant. Un adolescent qui a l'impression d'être espionné en permanence peut chercher à contourner les dispositifs mis en place. La confiance ne signifie pas « tout laisser faire ».

Elle signifie : donner progressivement de l'autonomie tout en maintenant un cadre.

Ne pas surveiller son enfant à son insu

Installer un outil permettant de surveiller secrètement toutes les communications, les déplacements ou les activités d'un adolescent peut avoir des conséquences importantes sur la relation de confiance et sur sa vie privée. La question n'est donc pas seulement :

« Comment surveiller mon enfant ? »

mais plutôt :

« Comment l'accompagner pour qu'il apprenne progressivement à se protéger lui-même ? »

La CNIL recommande justement d'associer les parents à l'éducation numérique tout en reconnaissant les droits numériques propres aux mineurs.

Le dialogue avant la surveillance

Il est essentiel que l'enfant sache qu'il peut parler à ses parents même lorsqu'il a fait une erreur. Un enfant qui a cliqué sur un lien douteux, envoyé une photographie ou discuté avec une personne inconnue doit pouvoir venir chercher de l'aide sans avoir immédiatement peur d'être puni ou privé de son téléphone.

On peut lui apprendre une règle simple :

« Si quelque chose te met mal à l'aise sur Internet, viens m'en parler. Tu ne seras pas puni parce que tu as demandé de l'aide. »

Cette confiance peut être beaucoup plus efficace qu'une surveillance permanente.

Que faire si quelque chose tourne mal ?

La première chose à faire est de ne pas rester seul.

Selon la situation :

  1. ne pas répondre aux menaces
  2. ne pas envoyer d'argent
  3. ne pas envoyer de nouvelles photos ou vidéos
  4. conserver les preuves
  5. bloquer ou signaler le compte lorsque cela est approprié
  6. prévenir un adulte de confiance
  7. utiliser les outils de signalement de la plateforme
  8. contacter le 3018 en cas de violence numérique concernant un mineur
  9. contacter les services compétents lorsque la situation présente un danger ou relève d'une infraction.

Dans le cas d'une sextorsion, par exemple, payer ou envoyer davantage de contenus ne garantit absolument pas que les menaces cesseront.

Les parents doivent eux aussi apprendre

Il est difficile de demander à un adolescent de respecter des règles que ses parents ne connaissent pas eux-mêmes. Les parents doivent donc essayer de comprendre :

  • les réseaux sociaux utilisés par leurs enfants
  • les jeux auxquels ils jouent
  • les paramètres de confidentialité
  • les mécanismes de signalement
  • les achats intégrés
  • les outils d'IA
  • les mécanismes de recommandation
  • les risques liés aux données personnelles

La CNIL propose d'ailleurs aujourd'hui des ressources spécifiquement destinées aux parents afin de les aider à accompagner leurs enfants dans leurs usages numériques.

Les dix règles à donner à un enfant

1. Je réfléchis avant de publier.

Une fois sur Internet, une information peut être difficile à faire disparaître.

2. Je ne donne pas mes informations personnelles à n'importe qui.

Nom, adresse, téléphone, école, localisation, photos…

3. Je protège mes comptes.

Un mot de passe différent et suffisamment robuste pour chaque service, avec une authentification multifacteur lorsque c'est possible.

4. Je ne clique pas immédiatement sur un lien.

Même si le message semble provenir d'un ami.

5. Je ne rencontre jamais seul une personne connue uniquement sur Internet.

6. Je ne réponds pas aux menaces.

Je conserve les preuves et j'en parle à un adulte.

7. Je ne partage jamais une photo intime.

Et si quelqu'un m'en demande une, j'en parle immédiatement.

8. Je respecte les autres.

Derrière un écran, il y a toujours une personne.

9. Je vérifie avant de croire.

Une vidéo, une photographie ou une réponse d'IA peut être fausse ou manipulée.

10. Si quelque chose me fait peur ou me met mal à l'aise, j'en parle.

Il n'y a aucune honte à demander de l'aide.