Les smartphones et les tablettes sont aujourd'hui de véritables ordinateurs de poche. Ils contiennent nos photographies, nos messages, nos contacts, nos courriels, nos documents, nos comptes bancaires, nos données de localisation et parfois même nos données de santé. Ils constituent donc une cible particulièrement intéressante pour les cybercriminels. Les menaces sont nombreuses :
- chevaux de Troie
- spywares et stalkerwares
- ransomwares
- adwares
- logiciels bancaires malveillants
- applications frauduleuses
- voleurs d'informations
- fausses applications
- logiciels permettant de prendre le contrôle d'un appareil
Mais il faut également prendre en compte les attaques qui ne nécessitent pas d'infecter le téléphone : hameçonnage par SMS, faux sites Internet, vol d'identifiants, escroqueries téléphoniques ou détournement de comptes.
Comment un smartphone peut-il être compromis ?Il existe plusieurs voies d'attaque.
Une application malveillante
C'est l'un des scénarios les plus évidents. L'utilisateur installe une application qui semble légitime mais qui contient des fonctions malveillantes. Le risque est évidemment plus important lorsqu'on installe des applications provenant de sources inconnues ou de boutiques non officielles. Mais il ne faut pas non plus considérer les boutiques officielles comme une garantie absolue : des applications malveillantes ou frauduleuses peuvent parfois parvenir à contourner les contrôles. Google indique par exemple avoir empêché plus de 1,75 million d'applications ne respectant pas ses règles d'être publiées sur Google Play en 2025, et son dispositif Play Protect analyse aujourd'hui des centaines de milliards d'applications Android chaque jour.
Un lien malveillant
Un SMS, un courriel, un message WhatsApp ou un message publié sur un réseau social peut contenir un lien vers un site frauduleux. Il n'est alors pas nécessaire d'installer un malware pour être victime d'une attaque.
Le site peut simplement chercher à récupérer :
- un identifiant
- un mot de passe
- un numéro de carte bancaire
- un code reçu par SMS
- ou d'autres informations personnelles
C'est du phishing ou de l'hameçonnage.
Une faille de sécurité
Un attaquant peut également exploiter une vulnérabilité du système d'exploitation ou d'une application.
Certaines attaques très sophistiquées peuvent même exploiter une faille sans que la victime ait à installer volontairement une application. Ces attaques sont toutefois très différentes des escroqueries de masse que rencontre quotidiennement le grand public.
Le smartphone est-il plus dangereux qu'un ordinateur ?Pas nécessairement.
Les systèmes mobiles modernes disposent de nombreux mécanismes de sécurité : isolation des applications, permissions, chiffrement, démarrage sécurisé, contrôle des applications et mises à jour de sécurité. En revanche, le smartphone concentre énormément d'informations personnelles.
Une application peut potentiellement demander l'accès :
- au microphone
- à l'appareil photo
- aux photos
- aux contacts
- à la localisation
- aux fichiers
- aux notifications
Les systèmes Android et iOS utilisent donc des permissions afin de contrôler les accès des applications.
La CNIL rappelle que ces permissions permettent à l'utilisateur de choisir quelles ressources de son téléphone une application peut utiliser. C'est une protection importante.
Mais elle ne doit pas être considérée comme une garantie absolue : une application légitime peut également collecter beaucoup de données si l'utilisateur lui accorde les autorisations nécessaires.
Infection ou atteinte à la vie privée ?C'est une distinction importante. Une application qui collecte votre localisation ou vos contacts n'est pas nécessairement un malware. Elle peut fonctionner conformément à son modèle économique et à ses conditions d'utilisation, tout en collectant beaucoup de données. La CNIL souligne justement l'importance des permissions dans les applications mobiles et recommande de limiter les accès aux données réellement nécessaires.
Ainsi :
Malware → logiciel conçu ou utilisé à des fins malveillantes.
Application intrusive → application pouvant collecter beaucoup de données personnelles.
Phishing → tentative de tromper l'utilisateur afin de lui faire communiquer des informations.
Compte piraté → identifiants compromis, sans que le téléphone soit nécessairement infecté.
Ces quatre situations sont différentes.
Comment savoir si mon Android est infecté ?Il n'existe malheureusement aucun symptôme permettant d'affirmer à lui seul qu'un téléphone est infecté. Certains signes doivent néanmoins attirer l'attention.
Des publicités apparaissent soudainement
Des fenêtres publicitaires inhabituelles apparaissent, y compris lorsque vous n'utilisez pas votre navigateur.
Cela peut être le signe d'une application indésirable. Mais une publicité intempestive ne signifie pas automatiquement que le téléphone est infecté.
La consommation de données augmente
Une application malveillante peut communiquer avec un serveur distant ou transmettre des informations.
Une augmentation inexpliquée de la consommation de données mérite donc d'être examinée.
La batterie se décharge anormalement vite
Un logiciel qui fonctionne en permanence en arrière-plan peut consommer beaucoup de ressources.
Mais une batterie vieillissante ou une application parfaitement légitime peut produire exactement le même symptôme. Ce n'est donc pas une preuve absolue d'infection.
Le téléphone chauffe
Une utilisation importante du processeur peut provoquer une élévation de température. Là encore, plusieurs causes sont possibles : jeu vidéo, navigation GPS, vidéo, mise à jour, batterie vieillissante ou malware.
Des applications inconnues apparaissent
C'est un signe plus intéressant. Si une application que vous n'avez pas installée apparaît sur votre téléphone, il faut rechercher son origine.
Des appels ou SMS inhabituels sont envoyés
Des logiciels malveillants peuvent parfois utiliser des services de communication ou exploiter des fonctionnalités du téléphone. Une facture inhabituelle ou des SMS envoyés sans votre intervention méritent donc une vérification.
Des paramètres changent sans raison
Une modification inexpliquée de certains paramètres, l'apparition de permissions inhabituelles ou l'activation d'un service d'accessibilité par une application inconnue peuvent être préoccupantes.
Et les iPhone et iPad ?iOS et iPadOS disposent d'une architecture de sécurité particulièrement restrictive. Les applications sont isolées les unes des autres et disposent de droits limités. Cela rend certaines attaques plus difficiles.
Mais :
un iPhone n'est pas invulnérable.
Des attaques sophistiquées contre iOS ont bel et bien existé. Certaines ont exploité des vulnérabilités permettant de compromettre un appareil sans interaction importante de l'utilisateur. Les attaques de ce type sont généralement ciblées et coûteuses, et ne correspondent pas au scénario habituel d'une infection massive. Apple continue donc à publier des mises à jour de sécurité destinées à corriger les vulnérabilités découvertes.
Le jailbreak : une porte ouverte supplémentaireLe jailbreak consiste à contourner certaines restrictions imposées par Apple sur iOS ou iPadOS.
Cela peut permettre d'installer des logiciels ou des modifications normalement interdits par le système.
Mais cette liberté supplémentaire peut également réduire certaines protections de sécurité.
Le jailbreak n'est donc pas conseillé à un utilisateur qui recherche avant tout la sécurité.
Android est-il moins sécurisé qu'iOS ?La réponse mérite également d'être nuancée.
Android possède une part de marché mondiale très importante et constitue donc une cible intéressante pour les cybercriminels. Mais cela ne signifie pas :
Android = dangereux
et
iPhone = sécurisé.
La sécurité dépend notamment :
- de la version du système
- de la disponibilité des mises à jour
- du fabricant
- de l'origine des applications
- des permissions accordées
- des habitudes de l'utilisateur
- de l'utilisation ou non du sideloading (téléchargement d'appli en dehors du Play Store)
- de la présence éventuelle d'un appareil modifié
Google renforce continuellement les protections d'Android et de Google Play Protect, notamment avec des mécanismes de détection directement sur l'appareil.
Le danger des applications installées en dehors des boutiques officiellesSur Android, il est possible d'installer une application provenant d'une autre source que Google Play. C'est ce qu'on appelle le sideloading. Cette possibilité peut être légitime : installer une application provenant directement de son éditeur, utiliser une boutique alternative, etc. Mais elle augmente également le risque de télécharger une application malveillante. Il faut donc éviter les fichiers APK récupérés sur des sites inconnus ou proposés par des liens reçus par SMS ou courriel.
Le message :
« Désactivez votre sécurité et installez cette application pour résoudre le problème »
doit immédiatement éveiller les soupçons.
Les smartphones à bas prix sont-ils livrés avec des malwares ?Il existe bien des cas documentés de logiciels indésirables ou malveillants préinstallés sur certains appareils, notamment lorsque la chaîne d'approvisionnement ou le logiciel installé par le fabricant est compromis. Mais il serait excessif d'affirmer que les téléphones bas de gamme contiennent généralement des malwares. Le véritable problème est plutôt celui des appareils provenant de sources douteuses, non officiellement supportés ou dont les mises à jour de sécurité sont insuffisantes.
Peut-on être infecté simplement en activant le Bluetooth ?Le Bluetooth peut présenter des vulnérabilités, comme toute technologie de communication. Des attaques ont effectivement exploité des failles Bluetooth par le passé. Mais il ne faut pas présenter le Bluetooth comme un mode courant de propagation des malwares de téléphone à téléphone.
Pour l'utilisateur moyen, les vecteurs beaucoup plus fréquents sont :
phishing → fausse page → vol d'identifiants
ou
fausse application → installation → permissions abusives ou comportement malveillant.
Et les logiciels espions ?Le spyware est particulièrement préoccupant sur smartphone. Un logiciel espion peut chercher à récupérer :
- les messages
- les contacts
- les photographies
- la localisation
- les communications
- les informations d'identification
Dans certains cas, il peut tenter d'accéder au microphone ou à l'appareil photo. Les stalkerwares constituent une catégorie particulièrement préoccupante car ils sont utilisés pour surveiller une personne à son insu, souvent dans un contexte de relation personnelle. Dans ce cas, la situation est très différente d'une simple infection informatique et nécessite une approche spécifique.
Les malwares bancaires sur smartphoneLe téléphone est devenu une pièce maîtresse de l'authentification. C'est notamment lui qui reçoit parfois :
- des codes de validation
- des notifications bancaires
- des demandes de confirmation
- des codes de récupération
Un malware bancaire peut donc chercher à intercepter ou manipuler certaines informations. Mais il faut également rappeler que les systèmes modernes d'authentification ne reposent plus systématiquement sur un simple SMS. Les mécanismes comme les applications d'authentification, les notifications de validation et les passkeys permettent de renforcer considérablement la sécurité.
Que faire si je pense que mon téléphone est infecté ?Il faut éviter de se précipiter.
1. Ne cliquez plus sur les liens suspects
Si vous pensez être victime d'une attaque, évitez d'utiliser le téléphone compromis pour vous connecter à vos comptes sensibles tant que la situation n'est pas clarifiée.
2. Vérifiez les applications installées
Supprimez les applications inconnues ou récemment installées si vous êtes certain qu'elles sont indésirables.
Sur Android, utilisez également Google Play Protect, qui fait partie des mécanismes de sécurité intégrés à Android. Google indique qu'il analyse les applications et recherche notamment les comportements malveillants.
3. Vérifiez les permissions
Examinez les applications ayant accès :
- au microphone
- à la caméra
- à la localisation
- aux contacts
- aux photos
- aux fichiers
Une application de lampe torche qui réclame vos contacts ou votre localisation, par exemple, mérite quelques explications. La CNIL recommande précisément de limiter les permissions et de se méfier des demandes excessives ou inhabituelles.
4. Mettez le système à jour
Installez les dernières mises à jour disponibles pour :
- Android ou iOS
- les applications
- éventuellement le navigateur
5. Changez vos mots de passe
Si vous pensez qu'un identifiant a pu être volé, changez le mot de passe depuis un appareil de confiance.
Commencez par les comptes les plus importants :
- messagerie principale
- compte Apple ou Google
- banque
- réseaux sociaux
- comptes professionnels
Activez également l'authentification multifacteur lorsque cela est possible.
6. Surveillez vos comptes
Vérifiez les connexions récentes et les appareils associés à vos comptes. Surveillez également les opérations bancaires inhabituelles.
Et si le téléphone reste suspect ?Dans les cas sérieux, une réinitialisation complète du téléphone peut être envisagée. Il faut toutefois prendre quelques précautions avant de l'effectuer. Une sauvegarde peut contenir des données légitimes mais aussi restaurer certains paramètres ou applications indésirables. Il faut donc, lorsque la compromission est sérieuse, identifier la cause avant de restaurer aveuglément l'intégralité de la sauvegarde. Pour une attaque très sophistiquée ou un téléphone utilisé dans un contexte professionnel sensible, il peut être préférable de faire appel à un spécialiste plutôt que de multiplier les manipulations.
Comment se protéger ?La meilleure protection reste une combinaison de mise à jour, prudence et contrôle des permissions.
Les 10 règles essentielles
1. Maintenez Android ou iOS à jour.
2. Installez les applications depuis des sources officielles ou directement auprès d'éditeurs fiables.
3. Évitez les APK et applications provenant de sites inconnus.
4. Vérifiez les permissions demandées par les applications.
5. Supprimez les applications que vous n'utilisez plus.
6. N'ouvrez pas les liens douteux reçus par SMS, courriel ou messagerie instantanée.
7. Ne communiquez jamais un code reçu par SMS ou une notification de validation à quelqu'un qui vous le demande.
8. Utilisez un code de verrouillage robuste et, lorsque c'est possible, la biométrie.
9. Activez l'authentification multifacteur sur vos comptes importants.
10. Effectuez régulièrement des sauvegardes.
La CNIL recommande également de limiter les permissions, de vérifier les applications avant leur téléchargement et de contrôler notamment l'accès à la localisation.
Antivirus sur smartphone : indispensable ?Sur Android, les mécanismes de sécurité intégrés, notamment Google Play Protect, jouent déjà un rôle important. Sur iPhone et iPad, l'architecture d'iOS ne fonctionne pas comme celle d'un PC Windows sur lequel un antivirus analyse librement l'ensemble du système et des fichiers. L'installation d'un « antivirus » n'est donc pas la solution indispensable. La meilleure protection repose d'abord sur :
un système à jour + des applications fiables + des permissions maîtrisées + un verrouillage efficace + de bonnes pratiques face aux messages et aux liens.
Une menace souvent oubliée : le vol du téléphoneEnfin, un smartphone peut être compromis sans aucun malware. Il suffit parfois qu'un téléphone soit :
- volé
- perdu
- déverrouillé
- laissé sans surveillance
Le verrouillage par code, la biométrie, le chiffrement et les fonctions de localisation et d'effacement à distance sont donc essentiels. La CNIL rappelle notamment l'importance de sécuriser l'accès au smartphone et de protéger les données qu'il contient.